Avant-propos Les débuts chaotiques de la IVe République

Chacun y croyait, le 25 janvier 2014. Les élections présidentielles et législatives s’étaient déroulées dans des conditions relativement acceptables, mettant un terme à une interminable Transition. L’espoir était de retour, conforté par les assurances données par le Président élu, au jour de son investiture.

Las, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. La première tâche, pour le nouveau Président, était de nommer un Premier ministre. S’en suivit une bataille de chiffonniers de trois mois autour de l’article 54 de la Constitution (« Le Président de la République nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l’Assemblée nationale »). Alors qu’il n’avait aucun député élu sous la bannière de son tout nouveau parti, et en dépit de la séparation des pouvoirs, le Président débaucha un nombre suffisant de parlementaires pour avoir sa majorité, face à une autre majorité dont se réclamait l’opposition ! Un Premier ministre fut nommé, un gouvernement formé, et puis... plus rien.

Tandis que l’Assemblée nationale s’adonnait à ses jeux pervers du chantage et du retournement de veste, le gouvernement se mettait en quête d’un improbable PND (Projet national de développement) dont les bailleurs de fonds avaient le plus urgent besoin pour justifier les aides qu’ils s’apprêtaient à déverser sur le pays. L’équipe au pouvoir, qui n’avait à l’évidence ni projet ni priorités, finit par publier un PNDi (PND intermédiaire), dont chacun fit semblant de se satisfaire.

Entre temps, dans le sud, les dahalo continuaient à dépouiller les paysans de leurs bœufs, l’opération tandroka de l’année précédente ne les ayant pas neutralisés. Une nouvelle opération, coup de poing, tua officiellement 573 personnes, dont 445 dahalo, 115 citoyens et 13 forces de l’ordre. Est-ce la raison pour laquelle on assista à la conversion, aussi soudaine que suspecte, de 4.000 dahalo touchés par la grâce du repentir, et dont personne ne sait que faire à présent ? 

Par chance, le 13 octobre, le retour inopiné de Marc Ravalomanana, entré par effraction dans son propre pays pour échapper à un long exil sud-africain, devait apporter un peu d’animation à la vie politique. Brûlant la politesse au FFM, le FFKM en profita pour réaliser son rêve de sommet des chefs d’Etat, sous prétexte de réconciliation nationale. Le citoyen en saura-il davantage en 2015 ?

Les communiqués publiés par le SeFaFi en 2014, et que reproduit ce recueil, témoignent de l’espérance déçue de la plupart des citoyens. La persistance des délestages, en dépit des promesses réitérées des dirigeants, en est la manifestation la plus emblématique. Une année perdue, en quelque sorte, alors que l’urgence est partout : climat politique délétère, économie exsangue, société en plein décomposition. Oui, les débuts de la IVe République ont été chaotiques.

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